Gestion de la biodiversité au Burkina : l’expérience de l’AGED au tour de la mare de Darkoye

Avec le partenariat de l’IUCN EGP, l’Association pour la Gestion de l’Environnement et le Développement (AGED) a initié en 2009 un projet relatif à la protection des ressources en eau et au renforcement de la biodiversité autour de la mare de Darkoye. Il s’y ajoute que les enjeux liés à la conservation de la mare de Darkoye et à l’amélioration de la biodiversité sont économiques et écologiques.

Cette vaste mare est située dans la commune de Markoye dans la Province de l’Oudalan, Région du Sahel au Burkina Faso. Faut-il rappeler que la mare de Darkoye est la deuxième plus grande mare de la région du sahel. Elle regorge d’énormes potentialités du point de vue de la biodiversité, ce qui attire plusieurs groupes d’utilisateurs notamment les pêcheurs, les chasseurs, les transhumants qui viennent de l’intérieur du Burkina et des pays limitrophes notamment le Mali et le Niger.

Par ailleurs, pour relever les défis autour de cette mare, l’AGED a misé sur ses compétences diversifiées. Il s’agit : des personnes ressources paysannes, ingénieurs d’élevage, ingénieurs agronomes, ingénieurs agro écologistes, sociologues, géographes, économistes, planificateurs, animateurs, etc. Ces personnes ressources disposent d’une longue expérience (en moyenne 10-15 ans) dans les principaux domaines d’intervention de l’association. Et leur mission consiste à accompagner le processus d’appropriation des connaissances, techniques et technologies de gestion des ressources naturelles par les communautés rurales en vue de contribuer à la mise en oeuvre des politiques nationales de lutte contre la pauvreté et de préservation des ressources notamment celles forestières.

Une expérience porteuse

Depuis sa création, l’AGED a pour ambition de renforcer ses actions au bénéfice des communautés rurales du Burkina en se conformant aux différentes politiques et stratégies nationales de développement socioéconomique et de préservation des ressources naturelles. L’Association s’est illustrée dans sa capacité à promouvoir un développement socioéconomique basé sur les savoirs et savoir-faire des communautés locales.

En effet, la gestion de la mare de Darkoye s’inscrit dans le cadre d’un processus endogène ou les différents acteurs participent de façon concertée aux actions de développement en définissant les priorités relatives à la gestion des ressources naturelles, à l’amélioration de la biodiversité et à la fertilité des sols.

L’expérience privilégie la concertation en vue de la récupération des terres dégradées par des techniques de CES/DRS, la RNA, le sous solage (sur 100 ha), l’apport du fumier, le paillage, et bien d’autres techniques.

Les différentes étapes de l’expérience : identification et analyse des problèmes en fonction des domaines, choix des options, agencement des actions prioritaires, mise en place d’un dispositif de mise en oeuvre et suivi évaluation.

L’expérience est porteuse. La preuve au plan agro forestier les producteurs qui pour la majorité sont des agropasteurs font recours à des techniques de production appropriées comme l’utilisation du fumier, la pratique de la RNA, le paillage, le zaï…pour améliorer la fertilité des sols et lutter contre l’érosion.

Auparavant, la zone de Darkoye était peuplée d’agropasteurs. Ces derniers y pratiquaient l’agriculture et l’élevage traditionnels avec un faible niveau d’équipement et une pratique extensive des superficies emblavées. La région était l’une des plus pauvres du Burkina et les populations se battaient souvent pour la satisfaction de leurs besoins élémentaires souvent au détriment de l’environnement.

Une vision partagée avec les communautés

Le Sahel Burkina est caractérisé par un environnement hostile qui se manifeste par une faible pluviométrie (alternance de deux saisons dont une longue saison sèche, de 09 à 10 mois et une courte saison pluvieuse de 03 mois), une pauvreté des sols, une faible productivité agricole; une faible production alimentaire, une sous-alimentation et malnutrition des enfants.

Cette situation de déficit alimentaire est exacerbée, entre autres, par des contraintes techniques, climatiques, et des conditions socio-économiques défavorables. La région du sahel se caractérise par une dégradation générale des ressources naturelles et de la biodiversité marquée notamment par:

  • une diminution des ressources en eau (comblement des bas-fonds, mares et cours d’eau, baisse du niveau de la nappe phréatique, etc.);
  • un appauvrissement progressif des terres;
  • une disparition progressive des espèces végétales et animales;

Or, le plan stratégique 2007- 2012 de l’AGED apparaît comme un outil de renforcement de la structure de l’association mais surtout une amélioration de son organisation, afin de favoriser la collaboration avec d’autres acteurs ayant le même centre d’intérêt. Une vision partagée avec tous les acteurs impliqués pour lutter contre la pauvreté et la gestion durable des ressources naturelles à travers la valorisation des savoirs et savoir-faire des communautés rurales dont les conditions de vie sont intimement liées à ces ressources agro forestières.

Au titre des changements

Sur le plan social et écologique l’AGED a noté l’adoption de nouveaux comportements dans l’utilisation des RNA à travers la mise en place des règles d’utilisation et de gestion, l’amélioration de l’offre fourragère, la protection des arbres et arbustes, la fréquence des oiseaux notamment les canards dont la bourgouculture constituent un site de prédilection. A cela s’ajoute l’augmentation de la disponibilité en ressources halieutiques notamment le poisson.

Sur le plan économique, la disponibilité des ressources en eau et le fourrage à partir du bourgou constitue un intérêt pour l’accroissement de l’activité pastorale dont la zone est une référence pour les transhumants. Les activités agro forestières ont connu un développement sans précédent.

Mieux, la disponibilité fourragère en toute saison constitue un atout pour les éleveurs dans le cadre de la production laitière. Le développement de la pêche permet à certaines populations riveraines de tirer profit soit de façon directe ou indirecte des retombées de cette activité. Aujourd’hui, la mare de Darkoye est devenue un massif forestier relativement dense, constitué de plusieurs peuplements d’arbres et d’espèces. Il faut enfin se féliciter de l’offre fourragère qui est améliorée pour le bétail et le rétablissement du couvert végétal.

Assane Bokoum

Assane Bokoum, Chargé de programme GRN/DN email: assanebok@yahoo.fr / agedori@fasonet.bf

ONG AGED Burkina

Vision interne :
Une Association innovatrice pour un appui-conseil efficace aux populations rurales.

Vision pour les populations :
Une population rurale mieux formée pour un développement socioéconomique en équilibre avec les ressources naturelles.

Mission :
Accompagner le processus d’appropriation des connaissances, techniques et technologies de gestion des ressources naturelles par les communautés rurales en vue de contribuer à la mise en œuvre des politiques nationales de lutte contre la pauvreté et de préservation de ces ressources.

But :
Promouvoir le développement socioéconomique des différentes couches de population rurales à travers une amélioration de leurs savoirs et savoir-faire.